Raffarin envisage un accord migratoire avec le Mexique
Les Echos n° 19290 du 22 Novembre 2004 • page 8
La France pourrait donner aux Mexicains ce que les Etats-Unis leur refusent depuis plusieurs années : un accord migratoire franco-mexicain, avec des possibilités d'élargissement à l'Union européenne. « Compte tenu de notre besoin en infirmières, en médecins, en un grand nombre de métiers, il a été proposé que la France et l'Europe étudient un accord de migration avec le Mexique », a justifié Jean-Pierre Raffarin lors de sa visite à Mexico la semaine dernière.
Une récompense
Aucune date n'a toutefois été définie pour la conclusion d'un tel accord, qui répondrait à la volonté du gouvernement de « développer une immigration choisie ». L'annonce survient au moment où le Mexique et les Etats-Unis discutent d'un « visa de travail temporaire » pour les Mexicains. Cela alors que le gouvernement du président Vicente Fox souhaitait surtout une amnistie des immigrants illégaux déjà présents sur le territoire américain. Selon certains, l'annonce du Premier ministre français pourrait être une récompense faite au Mexique pour ne pas s'être aligné sur les positions du grand voisin nord-américain au sujet de la guerre en Irak.
Jean-Pierre Raffarin, qui a aussi discuté de la possibilité d'accords dans le secteur de l'aéronautique, de l'eau, de l'environnement et des déchets, a insisté sur la nécessité de développer la vocation exportatrice des PME françaises afin de créer des emplois, une priorité du plan de cohésion sociale annoncé la semaine dernière. Le ministre délégué au Commerce extérieur, François Loos, qui accompagnait le Premier ministre, a jugé, pour cela, nécessaire que les PME désireuses de développer leurs ventes au Mexique s'y implantent. Les exportations françaises au Mexique ont totalisé 1,1 milliard d'euros sur les neuf premiers mois de 2004. Sur ce montant, « il y en a probablement 70 % qui sont le fait d'échanges entre les sociétés mère et leurs filiales. Cela montre la difficulté pour les moyennes entreprises françaises de pénétrer ce marché sans implantation directe », nuance un conseiller du commerce extérieur au Mexique. Il ajoute : « Une PME qui n'est pas capable de dépenser 100.000 euros, les ressources humaines correspondantes et prévoir 5 ou 6 voyages avant d'avoir signé sa première commande perd son temps. »
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19290-41-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
lunes, 22 de noviembre de 2004
jueves, 18 de noviembre de 2004
En francés - Sobre la falra de competitividad de la economía mexicana
L'économie mexicaine en quête de maturité
Les Echos n° 19288 du 18 Novembre 2004 • page 8
Malgré la reprise, l'économie mexicaine, concurrencée par la Chine, souffre du retard pris dans les réformes.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Après plus de deux ans de vaches maigres, l'économie mexicaine est enfin sortie du tunnel. La reprise, qui a timidement commencé au dernier trimestre de l'année dernière, se confirme. Les principaux indicateurs (consommation, emploi, masse salariale) sont en hausse, ce qui devrait permettre au taux de croissance d'atteindre cette année 4 % à 4,5 %, un record par rapport aux quatre dernières années.
« Mais cela ne suffit pas à nous satisfaire », reconnaît Alejandro Dieck, le directeur de cabinet du ministre de l'Economie. « Il nous reste de grands défis à affronter. » En effet, ces bons résultats ne peuvent faire oublier que les réformes structurelles, maintes fois promises par le président Vicente Fox depuis son accession au pouvoir il y a quatre ans, n'ont toujours pas été adoptées par le Parlement. « Si tout le monde connaît les thèmes des réformes à faire, personne n'est d'accord sur leur contenu », explique le politologue Luis Rubio. Au programme, les réformes les plus importantes concernent la fiscalité, l'énergie, la loi du travail et l'Etat de droit. La réforme fiscale est une priorité, si l'on tient compte du fait que les recettes fiscales du pays ne représentent qu'une très faible proportion de son PIB (près de 14 %, contre plus de 40 % en France). Par ailleurs, ces recettes dépendent trop des revenus pétroliers. Paradoxalement, le pays souffre du manque d'investissements réalisés par l'entreprise publique Pemex, ce qui se paie aujourd'hui cher puisqu'il est obligé d'importer du pétrole raffiné et du gaz, alors qu'il pourrait exploiter ses propres réserves.
Une compétitivité entamée
Les réformes ont de bonnes chances de rester bloquées tant qu'il n'y aura pas eu un rééquilibrage entre les pouvoirs exécutif et législatif au profit du premier. Les retards pris ont contribué à entamer la compétitivité du pays. Face à la montée en puissance de pays comme la Chine, considérée depuis son entrée à l'Organisation mondiale du commerce comme l'ennemi numéro un du pays aztèque, le Mexique cherche une solution. La meilleure consiste, assurément, à se concentrer sur de nouveaux marchés, à plus haute valeur ajoutée. Mais pour cela, il faudrait que les entreprises du pays fassent un bond en avant technologique. « C'est encore loin d'être le cas », estime Luis Rubio, car si le pays n'investit pas dans l'éducation et les infrastructures en communication, il ne pourra pas passer de l'âge de la main-d'oeuvre bon marché à celui de la connaissance.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19288-42-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 19288 du 18 Novembre 2004 • page 8
Malgré la reprise, l'économie mexicaine, concurrencée par la Chine, souffre du retard pris dans les réformes.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Après plus de deux ans de vaches maigres, l'économie mexicaine est enfin sortie du tunnel. La reprise, qui a timidement commencé au dernier trimestre de l'année dernière, se confirme. Les principaux indicateurs (consommation, emploi, masse salariale) sont en hausse, ce qui devrait permettre au taux de croissance d'atteindre cette année 4 % à 4,5 %, un record par rapport aux quatre dernières années.
« Mais cela ne suffit pas à nous satisfaire », reconnaît Alejandro Dieck, le directeur de cabinet du ministre de l'Economie. « Il nous reste de grands défis à affronter. » En effet, ces bons résultats ne peuvent faire oublier que les réformes structurelles, maintes fois promises par le président Vicente Fox depuis son accession au pouvoir il y a quatre ans, n'ont toujours pas été adoptées par le Parlement. « Si tout le monde connaît les thèmes des réformes à faire, personne n'est d'accord sur leur contenu », explique le politologue Luis Rubio. Au programme, les réformes les plus importantes concernent la fiscalité, l'énergie, la loi du travail et l'Etat de droit. La réforme fiscale est une priorité, si l'on tient compte du fait que les recettes fiscales du pays ne représentent qu'une très faible proportion de son PIB (près de 14 %, contre plus de 40 % en France). Par ailleurs, ces recettes dépendent trop des revenus pétroliers. Paradoxalement, le pays souffre du manque d'investissements réalisés par l'entreprise publique Pemex, ce qui se paie aujourd'hui cher puisqu'il est obligé d'importer du pétrole raffiné et du gaz, alors qu'il pourrait exploiter ses propres réserves.
Une compétitivité entamée
Les réformes ont de bonnes chances de rester bloquées tant qu'il n'y aura pas eu un rééquilibrage entre les pouvoirs exécutif et législatif au profit du premier. Les retards pris ont contribué à entamer la compétitivité du pays. Face à la montée en puissance de pays comme la Chine, considérée depuis son entrée à l'Organisation mondiale du commerce comme l'ennemi numéro un du pays aztèque, le Mexique cherche une solution. La meilleure consiste, assurément, à se concentrer sur de nouveaux marchés, à plus haute valeur ajoutée. Mais pour cela, il faudrait que les entreprises du pays fassent un bond en avant technologique. « C'est encore loin d'être le cas », estime Luis Rubio, car si le pays n'investit pas dans l'éducation et les infrastructures en communication, il ne pourra pas passer de l'âge de la main-d'oeuvre bon marché à celui de la connaissance.
LAURENCE PANTIN
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miércoles, 9 de junio de 2004
En francés - Sobre el origen de las maquiladoras
Etats-Unis - Mexique, la genèse des « maquiladoras »
Les Echos n° 19175 du 09 Juin 2004 • page 106
LAURENCE PANTIN
C'est en voulant fermer la porte aux travailleurs étrangers que les syndicats américains ont poussé leurs entreprises à exporter des emplois pour la première fois. Lorsqu'en 1964 le président démocrate Lyndon Johnson supprime, sous la pression des syndicats, le programme Bracero _ un dispositif datant de la Deuxième Guerre mondiale pour répondre à la pénurie de main-d'oeuvre masculine en permettant à des frontaliers de travailler temporairement aux Etats-Unis _ des milliers de Mexicains se retrouvent soudain au chômage de l'autre côté de Rio Grande. Pour résoudre ce problème et à la demande des industriels américains confrontés à la concurrence japonaise, Mexico créera l'année suivante un programme d'exemption d'impôts et de droits de douane pour les entreprises américaines désireuses d'installer des usines du côté mexicain de la frontière.
Connues au Mexique sous l'appellation de « maquiladoras », ces entreprises délocalisées importent les matières premières nécessaires à la production, utilisent la main-d'oeuvre locale bon marché et réexportent les produits finis dans des conditions fiscales avantageuses. Confrontées à la nécessité de vendre à moindre prix, donc de produire à moindre coût, certaines entreprises américaines voient dans les « maquiladoras » une option pour affronter la concurrence internationale. Ainsi est née aux Etats-Unis l'idée de « délocaliser ».
Entrée en vigueur de l'Alena
« Au départ, il s'agissait uniquement d'utiliser la main-d'oeuvre bon marché, explique Verónica Baz, économiste au Centre de recherche pour le développement. Les décisions se prenaient dans les maisons mères aux Etats-Unis et la valeur ajoutée octroyée aux produits par le travail au Mexique était presque nulle. » Ces usines, qui appartenaient surtout au secteur textile, ont formé la première génération de « maquiladoras ». Puis une deuxième génération d'usines s'est implantée sur le territoire mexicain, produisant des biens de plus haute valeur ajoutée, notamment dans l'électronique et de l'automobile. Et, selon certains spécialistes, une troisième génération serait arrivée, reposant sur des technologies de pointe et une main-d'oeuvre plus qualifiée.
Les périodes d'expansion de ce secteur industriel particulier sont survenues lors des diverses récessions qu'a subies le pays à cause des dévaluations successives du peso, dont la conséquence a été la baisse des coûts salariaux en dollars. Mais le grand tournant a été l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (l'Alena) en 1994, qui a incité des entreprises autres qu'américaines à délocaliser au Mexique. « Avoir accès au marché américain _ sans payer de droits de douane _ tout en produisant avec la main-d'oeuvre bon marché du Mexique représentait une grande opportunité », explique Verónica Baz.
C'est d'ailleurs lors des négociations sur l'Alena que certains, en particulier la plus grande confédération syndicale des Etats-Unis, l'AFL-CIO, ont dénoncé les délocalisations vers le voisin mexicain. Sous la pression des syndicats américains, les négociateurs de l'accord y ont ajouté un texte veillant au respect des droits du travail et des conditions minimales de rémunération. Peine perdue puisque, selon les estimations du bureau d'aide au retour à l'emploi, créé pour les citoyens américains au chômage à cause de l'Alena, plus de 230.000 emplois auraient été éliminés et près de 2.300 usines fermées entre 1994 et 1997.
Ironie du sort : la concurrence chinoise ayant récemment frappé de plein fouet les « maquiladoras », le Mexique vit aujourd'hui ce que les Etats-Unis ont vécu depuis plusieurs décennies. Depuis octobre 2000, plus de 280.000 emplois ont été perdus et 845 usines ont fermé. Signe que le phénomène est d'une toute autre ampleur, le Mexique n'a jamais fait l'objet d'une plainte telle que celle présentée en mars à Robert Zoellick, le représentant américain au Commerce, par l'AFL-CIO. Dénonçant la violation persistante des droits des travailleurs chinois, qui constituerait une pratique commerciale injuste, le syndicat exige l'imposition de sanctions contre Pékin.
Alors que les plus pessimistes prédisent que les « maquiladoras » sont vouées à disparaître, beaucoup s'interrogent sur ce qu'elles ont apporté. Leur principale contribution a consisté à créer des emplois (plus de 1,3 million en octobre 2000). Mais ce secteur n'a pas joué un rôle moteur pour le développement national. Le Mexique n'a pas su développer un réseau de fournisseurs nationaux qui aurait pu s'intégrer à l'activité des « maquiladoras ». Le pourcentage de biens intermédiaires d'origine mexicaine utilisés dans ce secteur n'est que de 3 % à 4 %. « Effectivement, ces entreprises s'en vont, conclut Verónica Baz. Qu'elles s'en aillent est naturel. Le problème, c'est que nous ne faisons pas assez pour en attirer de nouvelles. »
LAURENCE PANTIN est correspondante des « Echos » à Mexico.
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19175-515-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 19175 du 09 Juin 2004 • page 106
LAURENCE PANTIN
C'est en voulant fermer la porte aux travailleurs étrangers que les syndicats américains ont poussé leurs entreprises à exporter des emplois pour la première fois. Lorsqu'en 1964 le président démocrate Lyndon Johnson supprime, sous la pression des syndicats, le programme Bracero _ un dispositif datant de la Deuxième Guerre mondiale pour répondre à la pénurie de main-d'oeuvre masculine en permettant à des frontaliers de travailler temporairement aux Etats-Unis _ des milliers de Mexicains se retrouvent soudain au chômage de l'autre côté de Rio Grande. Pour résoudre ce problème et à la demande des industriels américains confrontés à la concurrence japonaise, Mexico créera l'année suivante un programme d'exemption d'impôts et de droits de douane pour les entreprises américaines désireuses d'installer des usines du côté mexicain de la frontière.
Connues au Mexique sous l'appellation de « maquiladoras », ces entreprises délocalisées importent les matières premières nécessaires à la production, utilisent la main-d'oeuvre locale bon marché et réexportent les produits finis dans des conditions fiscales avantageuses. Confrontées à la nécessité de vendre à moindre prix, donc de produire à moindre coût, certaines entreprises américaines voient dans les « maquiladoras » une option pour affronter la concurrence internationale. Ainsi est née aux Etats-Unis l'idée de « délocaliser ».
Entrée en vigueur de l'Alena
« Au départ, il s'agissait uniquement d'utiliser la main-d'oeuvre bon marché, explique Verónica Baz, économiste au Centre de recherche pour le développement. Les décisions se prenaient dans les maisons mères aux Etats-Unis et la valeur ajoutée octroyée aux produits par le travail au Mexique était presque nulle. » Ces usines, qui appartenaient surtout au secteur textile, ont formé la première génération de « maquiladoras ». Puis une deuxième génération d'usines s'est implantée sur le territoire mexicain, produisant des biens de plus haute valeur ajoutée, notamment dans l'électronique et de l'automobile. Et, selon certains spécialistes, une troisième génération serait arrivée, reposant sur des technologies de pointe et une main-d'oeuvre plus qualifiée.
Les périodes d'expansion de ce secteur industriel particulier sont survenues lors des diverses récessions qu'a subies le pays à cause des dévaluations successives du peso, dont la conséquence a été la baisse des coûts salariaux en dollars. Mais le grand tournant a été l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (l'Alena) en 1994, qui a incité des entreprises autres qu'américaines à délocaliser au Mexique. « Avoir accès au marché américain _ sans payer de droits de douane _ tout en produisant avec la main-d'oeuvre bon marché du Mexique représentait une grande opportunité », explique Verónica Baz.
C'est d'ailleurs lors des négociations sur l'Alena que certains, en particulier la plus grande confédération syndicale des Etats-Unis, l'AFL-CIO, ont dénoncé les délocalisations vers le voisin mexicain. Sous la pression des syndicats américains, les négociateurs de l'accord y ont ajouté un texte veillant au respect des droits du travail et des conditions minimales de rémunération. Peine perdue puisque, selon les estimations du bureau d'aide au retour à l'emploi, créé pour les citoyens américains au chômage à cause de l'Alena, plus de 230.000 emplois auraient été éliminés et près de 2.300 usines fermées entre 1994 et 1997.
Ironie du sort : la concurrence chinoise ayant récemment frappé de plein fouet les « maquiladoras », le Mexique vit aujourd'hui ce que les Etats-Unis ont vécu depuis plusieurs décennies. Depuis octobre 2000, plus de 280.000 emplois ont été perdus et 845 usines ont fermé. Signe que le phénomène est d'une toute autre ampleur, le Mexique n'a jamais fait l'objet d'une plainte telle que celle présentée en mars à Robert Zoellick, le représentant américain au Commerce, par l'AFL-CIO. Dénonçant la violation persistante des droits des travailleurs chinois, qui constituerait une pratique commerciale injuste, le syndicat exige l'imposition de sanctions contre Pékin.
Alors que les plus pessimistes prédisent que les « maquiladoras » sont vouées à disparaître, beaucoup s'interrogent sur ce qu'elles ont apporté. Leur principale contribution a consisté à créer des emplois (plus de 1,3 million en octobre 2000). Mais ce secteur n'a pas joué un rôle moteur pour le développement national. Le Mexique n'a pas su développer un réseau de fournisseurs nationaux qui aurait pu s'intégrer à l'activité des « maquiladoras ». Le pourcentage de biens intermédiaires d'origine mexicaine utilisés dans ce secteur n'est que de 3 % à 4 %. « Effectivement, ces entreprises s'en vont, conclut Verónica Baz. Qu'elles s'en aillent est naturel. Le problème, c'est que nous ne faisons pas assez pour en attirer de nouvelles. »
LAURENCE PANTIN est correspondante des « Echos » à Mexico.
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19175-515-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
viernes, 28 de mayo de 2004
En francés - Entrevista con Vicente Fox
Vicente Fox : une stratégie tenant compte des intérêts de chacun
Les Echos n° 19168 du 28 Mai 2004 • page 6
Le président mexicain tire un bilan positif de l'accord passé en 1997 entre son pays et l'UE, car Bruxelles a pris en compte la différence du niveau de développement entre les deux signataires.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Le sommet de Guadalajara représente sans aucun doute une opportunité pour les Européens de prendre de vitesse les Américains en s'implantant sur un marché de 530 millions d'acheteurs potentiels. « Il s'agit d'une stratégie réciproque » tenant compte des intérêts de chacun, a expliqué aux « Echos » et à un petit groupe de journalistes le président mexicain, Vicente Fox, car les pays latino-américains sont intéressés par les possibilités qu'offrent le marché européen élargi et ses 450 millions d'habitants. Ce sommet « va être avantageux pour les Européens, sans aucun doute. Mais il va être favorable de la même manière à l'Amérique latine. Il y a des marchés pour tous. Les Etats-Unis ne vont pas être menacés. Ils ont leurs propres marchés et leurs propres relations », estime le chef de l'Etat mexicain.
L'une des priorités pour les pays de la région consiste justement à éviter de trop dépendre de la première économie mondiale voisine. Et, dans ce domaine, le Mexique fait figure de pionnier en étant actuellement l'un des Etats comptant le plus d'accords commerciaux au monde. Fervent partisan de l'ouverture de l'économie de son pays, Vincente Fox considère qu'« il faut éliminer toutes les barrières, tous les obstacles, toutes les subventions, surtout dans la branche agricole. Il faut que les marchés s'ouvrent largement et les résultats seront positifs pour tout le monde. »
« Asymétries »
Exemple de cette stratégie : l'accord d'association économique, de concertation politique et de coopération que le Mexique a signé avec l'Union européenne en 1997, dont Fox dresse un bilan positif. L'avantage de l'accord européen sur l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) réside dans son caractère global et non strictement commercial. « Il y a une différence très claire entre les deux puisque, dans le cas de l'Union européenne, celle-ci a accepté les asymétries. Elle a pris en compte la différence de niveaux de développement entre les pays européens et le Mexique, ce qui est favorable au Mexique. Nous avons beaucoup apprécié cette concession. »
Sur le plan des résultats, « malgré trois ans de récession économique, dans le cas des relations Mexique-Union européenne, les exportations n'ont cessé de croître. Dans l'ensemble, elles ont augmenté de plus de 25 % en trois ans, alors que les échanges avec le reste du monde n'ont pas progressé », souligne Fox. Cependant, si ce bilan est positif en termes de croissance, il n'en reste pas moins limité, puisque les échanges commerciaux que le Mexique réalise actuellement avec les pays européens représentent moins de 10 % de son commerce extérieur, loin derrière les 75 % qu'atteignent les échanges avec les Etats-Unis.
Le fait que l'Union européenne puisse conclure bientôt les négociations d'un accord similaire avec le Mercosur pourrait même représenter un inconvénient pour le Mexique, qui risque de se trouver supplanté dans son rôle de leader économique de la région par le Brésil.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19168-36-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 19168 du 28 Mai 2004 • page 6
Le président mexicain tire un bilan positif de l'accord passé en 1997 entre son pays et l'UE, car Bruxelles a pris en compte la différence du niveau de développement entre les deux signataires.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Le sommet de Guadalajara représente sans aucun doute une opportunité pour les Européens de prendre de vitesse les Américains en s'implantant sur un marché de 530 millions d'acheteurs potentiels. « Il s'agit d'une stratégie réciproque » tenant compte des intérêts de chacun, a expliqué aux « Echos » et à un petit groupe de journalistes le président mexicain, Vicente Fox, car les pays latino-américains sont intéressés par les possibilités qu'offrent le marché européen élargi et ses 450 millions d'habitants. Ce sommet « va être avantageux pour les Européens, sans aucun doute. Mais il va être favorable de la même manière à l'Amérique latine. Il y a des marchés pour tous. Les Etats-Unis ne vont pas être menacés. Ils ont leurs propres marchés et leurs propres relations », estime le chef de l'Etat mexicain.
L'une des priorités pour les pays de la région consiste justement à éviter de trop dépendre de la première économie mondiale voisine. Et, dans ce domaine, le Mexique fait figure de pionnier en étant actuellement l'un des Etats comptant le plus d'accords commerciaux au monde. Fervent partisan de l'ouverture de l'économie de son pays, Vincente Fox considère qu'« il faut éliminer toutes les barrières, tous les obstacles, toutes les subventions, surtout dans la branche agricole. Il faut que les marchés s'ouvrent largement et les résultats seront positifs pour tout le monde. »
« Asymétries »
Exemple de cette stratégie : l'accord d'association économique, de concertation politique et de coopération que le Mexique a signé avec l'Union européenne en 1997, dont Fox dresse un bilan positif. L'avantage de l'accord européen sur l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) réside dans son caractère global et non strictement commercial. « Il y a une différence très claire entre les deux puisque, dans le cas de l'Union européenne, celle-ci a accepté les asymétries. Elle a pris en compte la différence de niveaux de développement entre les pays européens et le Mexique, ce qui est favorable au Mexique. Nous avons beaucoup apprécié cette concession. »
Sur le plan des résultats, « malgré trois ans de récession économique, dans le cas des relations Mexique-Union européenne, les exportations n'ont cessé de croître. Dans l'ensemble, elles ont augmenté de plus de 25 % en trois ans, alors que les échanges avec le reste du monde n'ont pas progressé », souligne Fox. Cependant, si ce bilan est positif en termes de croissance, il n'en reste pas moins limité, puisque les échanges commerciaux que le Mexique réalise actuellement avec les pays européens représentent moins de 10 % de son commerce extérieur, loin derrière les 75 % qu'atteignent les échanges avec les Etats-Unis.
Le fait que l'Union européenne puisse conclure bientôt les négociations d'un accord similaire avec le Mercosur pourrait même représenter un inconvénient pour le Mexique, qui risque de se trouver supplanté dans son rôle de leader économique de la région par le Brésil.
LAURENCE PANTIN
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jueves, 8 de enero de 2004
En francés - Sobre la posibilidad de un acuerdo migratorio en Estados Unidos
Un cadeau au Mexique
Les Echos n° 19068 du 08 Janvier 2004 • page 7
Au regard de l'importance du flux migratoire entre les deux pays, les Mexicains sont concernés au premier chef par les mesures américaines.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Avec 5 à 8 millions de ressortissants aux Etats-Unis sans papiers, le Mexique devrait être le grand gagnant des nouvelles mesures migratoires américaines. Au total, 15 millions de Mexicains vivraient aux Etats-Unis de manière légale ou illégale. Près des deux tiers (64 %) de la population hispanique aux Etats-Unis seraient d'origine mexicaine. Le flux migratoire est loin d'être tari. Le Conseil national de population estime que le nombre de Mexicains essayant de passer la frontière serait passé de 300.000 par an dans les années 1990 à 650.000 aujourd'hui. Les candidats à l'émigration, autrefois majoritairement issus du monde rural, viennent aujourd'hui de toutes les régions et de tous les milieux sociaux. Le nombre de ceux qui meurent tous les ans en essayant de passer clandestinement de l'autre côté du Rio Grande demeure constant, au rythme d'un par jour.
Une bonne surprise C'est notamment pour combattre ce fléau que Vincente Fox a fait de la défense des migrants mexicains aux Etats-Unis l'un des axes de sa politique extérieure. Il était même presque parvenu à un accord migratoire au début de son mandat. Mais les attentats du 11 septembre 2001 avaient ruiné tous ses efforts. De même que la position mexicaine, proche de celle de la France, lors de la crise irakienne.
L'annonce de Bush est donc une bonne surprise. Outre les retombées politiques d'un tel accord pour Vincente Fox, les conséquences économiques pourraient être d'importance, au vu des versements que les Mexicains envoient tous les ans à leur proches, restés au pays. Le montant de ces transferts de fonds a atteint des records en 2003, représentant plus de 14 milliards de dollars, malgré la récession. La récente autorisation par le département d'Etat américain de l'utilisation par les ressortissants mexicains sans papiers de leur document d'immatriculation consulaire pour ouvrir des comptes bancaires et envoyer de l'argent à leur famille a considérablement baissé le coût de ces transferts, qui sont passés en moyenne de près de 50 dollars il y a cinq ans à moins de 10 dollars actuellement.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19068-35-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 19068 du 08 Janvier 2004 • page 7
Au regard de l'importance du flux migratoire entre les deux pays, les Mexicains sont concernés au premier chef par les mesures américaines.
DE NOTRE CORRESPONDANTE À MEXICO.
Avec 5 à 8 millions de ressortissants aux Etats-Unis sans papiers, le Mexique devrait être le grand gagnant des nouvelles mesures migratoires américaines. Au total, 15 millions de Mexicains vivraient aux Etats-Unis de manière légale ou illégale. Près des deux tiers (64 %) de la population hispanique aux Etats-Unis seraient d'origine mexicaine. Le flux migratoire est loin d'être tari. Le Conseil national de population estime que le nombre de Mexicains essayant de passer la frontière serait passé de 300.000 par an dans les années 1990 à 650.000 aujourd'hui. Les candidats à l'émigration, autrefois majoritairement issus du monde rural, viennent aujourd'hui de toutes les régions et de tous les milieux sociaux. Le nombre de ceux qui meurent tous les ans en essayant de passer clandestinement de l'autre côté du Rio Grande demeure constant, au rythme d'un par jour.
Une bonne surprise C'est notamment pour combattre ce fléau que Vincente Fox a fait de la défense des migrants mexicains aux Etats-Unis l'un des axes de sa politique extérieure. Il était même presque parvenu à un accord migratoire au début de son mandat. Mais les attentats du 11 septembre 2001 avaient ruiné tous ses efforts. De même que la position mexicaine, proche de celle de la France, lors de la crise irakienne.
L'annonce de Bush est donc une bonne surprise. Outre les retombées politiques d'un tel accord pour Vincente Fox, les conséquences économiques pourraient être d'importance, au vu des versements que les Mexicains envoient tous les ans à leur proches, restés au pays. Le montant de ces transferts de fonds a atteint des records en 2003, représentant plus de 14 milliards de dollars, malgré la récession. La récente autorisation par le département d'Etat américain de l'utilisation par les ressortissants mexicains sans papiers de leur document d'immatriculation consulaire pour ouvrir des comptes bancaires et envoyer de l'argent à leur famille a considérablement baissé le coût de ces transferts, qui sont passés en moyenne de près de 50 dollars il y a cinq ans à moins de 10 dollars actuellement.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2004/LesEchos/19068-35-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
lunes, 1 de diciembre de 2003
En francés - Sobre la posibilidad de una reforma energética
Une réforme énergétique devenue urgente
Les Echos n° 19042 du 01 Decembre 2003 • page 8
Malgré d'importantes ressources, le Mexique est confronté au manque d'investissement dans le secteur énergétique.
Le secteur énergétique mexicain vit un paradoxe. Le pays est l'un des dix premiers producteurs et exportateurs mondiaux de pétrole brut, vendant à l'étranger plus de 1,6 million de barils par jour. Or, dans le même temps, il importe quotidiennement près de 243.000 barils de produits raffinés. De plus, alors que le Mexique jouit d'importantes réserves de gaz naturel (1.700 milliards de mètres cubes de réserves prouvées), il doit compter sur l'extérieur pour couvrir un tiers de sa demande interne. La carence d'investissements caractérise l'ensemble du secteur énergétique, qui dépend de l'Etat, par l'intermédiaire de deux établissements publics, Pemex (pour le pétrole et le gaz naturel) et la CFE (pour l'électricité). Alors que plus de 70 % des revenus de Pemex sont reversés au fisc (couvrant ainsi un tiers du budget de l'Etat), chacun comprend mieux que l'entreprise manque de ressources propres pour financer ses investissements. D'où la nécessité de modifier la Constitution afin d'ouvrir clairement le secteur aux investissements privés, estime Eduardo Andrade, président de l'Association Mexicaine d'Energie Electrique. Le ministère de l'Energie évalue les besoins pour les cinq prochaines années à près de 110 milliards de dollars : 40 milliards dans les hydrocarbures, 25 dans le raffinage et la pétrochimie de base, 20 dans le gaz naturel et 25 dans l'électricité.
Tous les acteurs politiques et économiques reconnaissent donc que la situation du secteur est critique. Mais s'il y a consensus autour de l'urgence de la réforme, les divergences sur son contenu ont empêché jusqu'à présent sa matérialisation. La nomination d'un nouveau ministre de l'Energie, bien accueillie par les parlementaires, pourrait débloquer la situation. Reste à voir quelle sera l'envergure d'une réforme qui devra nécessairement faire consensus, le parti au gouvernement ne disposant pas d'une majorité législative.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/19042-55-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Le gouvernement mexicain pris entre deux feux
Les Echos n° 19042 du 01 Decembre 2003 • page 8
Malgré la pluie, entre 80.000 et 200000 personnes selon les estimations ont défilé dans les rues de la capitale mexicaine jeudi, bloquant le centre de la ville. Clamant que « la patrie n'est pas à vendre », les manifestants ont répondu à la convocation d'organisations syndicales et paysannes, de mouvements étudiants, d'ONG et de partis d'opposition pour protester contre le projet de réforme électrique du gouvernement. Celui-ci propose de modifier la Constitution pour permettre l'exploitation de ressources naturelles par des investisseurs privés, ce que les opposants considèrent une forme déguisée de privatisation (voir ci-dessous). « Il semblerait que c'était surtout une manifestation contre le gouvernement », estime Diego Reynoso, chercheur en sciences politiques à la Faculté latino-américaine de sciences sociales. Pour autant, le mandat du président n'est pas menacé. Contrairement à d'autres pays d'Amérique latine, où des manifestations populaires ont pu forcer le président à démissionner, comme en Bolivie, « les Mexicains ont beaucoup de respect pour leurs institutions ».
Le patronat au créneau
Simultanément, les organisations patronales sont montées au créneau pour condamner les manifestations et rappeler l'urgence des réformes pour faire redémarrer la croissance. La réaction des marchés financiers face à l'incertitude qui règne ne s'est pas fait attendre. Le taux de change du peso par rapport au dollar, qui n'a pratiquement pas cessé de baisser depuis début novembre, a atteint des niveaux record vendredi, tombant à 11,40 pesos, contre 11,34 la veille.
N'ayant pas obtenu de majorité au Parlement lors des élections législatives de juillet, l'équipe de Fox n'a pas su construire l'union nationale nécessaire pour débloquer la situation. De son côté, le principal parti d'opposition, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), est en train de vivre l'un des pires moments de son histoire, en proie à une crise qui menace de s'achever en scission. Voyant la possibilité de regagner la présidence aux prochaines élections de 2006, certains députés du PRI ont offert leur soutien à la réforme fiscale du président, qui pourrait relancer l'activité économique et donnerait une plus large marge de manoeuvre au prochain gouvernement. Mais le reste du parti ne tient pas à endosser le coût politique que représenterait le passage d'une réforme des impôts qui toucherait de plein fouet les couches les plus démunies de la population (dont la moitié vit dans la pauvreté). Ces derniers se sont insurgés contre Elba Esther Gordillo, le président de leur groupe à l'Assemblée et le plus fervent partisan de la collaboration avec le gouvernement, réclamant sa démission.
Or, sans le PRI, Fox a les mains liées puisque le deuxième parti d'opposition, le Parti de la révolution démocratique (PRD), qui contrôle 20 % des sièges à l'Assemblée, s'oppose férocement aux réformes.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/19042-51-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 19042 du 01 Decembre 2003 • page 8
Malgré d'importantes ressources, le Mexique est confronté au manque d'investissement dans le secteur énergétique.
Le secteur énergétique mexicain vit un paradoxe. Le pays est l'un des dix premiers producteurs et exportateurs mondiaux de pétrole brut, vendant à l'étranger plus de 1,6 million de barils par jour. Or, dans le même temps, il importe quotidiennement près de 243.000 barils de produits raffinés. De plus, alors que le Mexique jouit d'importantes réserves de gaz naturel (1.700 milliards de mètres cubes de réserves prouvées), il doit compter sur l'extérieur pour couvrir un tiers de sa demande interne. La carence d'investissements caractérise l'ensemble du secteur énergétique, qui dépend de l'Etat, par l'intermédiaire de deux établissements publics, Pemex (pour le pétrole et le gaz naturel) et la CFE (pour l'électricité). Alors que plus de 70 % des revenus de Pemex sont reversés au fisc (couvrant ainsi un tiers du budget de l'Etat), chacun comprend mieux que l'entreprise manque de ressources propres pour financer ses investissements. D'où la nécessité de modifier la Constitution afin d'ouvrir clairement le secteur aux investissements privés, estime Eduardo Andrade, président de l'Association Mexicaine d'Energie Electrique. Le ministère de l'Energie évalue les besoins pour les cinq prochaines années à près de 110 milliards de dollars : 40 milliards dans les hydrocarbures, 25 dans le raffinage et la pétrochimie de base, 20 dans le gaz naturel et 25 dans l'électricité.
Tous les acteurs politiques et économiques reconnaissent donc que la situation du secteur est critique. Mais s'il y a consensus autour de l'urgence de la réforme, les divergences sur son contenu ont empêché jusqu'à présent sa matérialisation. La nomination d'un nouveau ministre de l'Energie, bien accueillie par les parlementaires, pourrait débloquer la situation. Reste à voir quelle sera l'envergure d'une réforme qui devra nécessairement faire consensus, le parti au gouvernement ne disposant pas d'une majorité législative.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/19042-55-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Le gouvernement mexicain pris entre deux feux
Les Echos n° 19042 du 01 Decembre 2003 • page 8
Malgré la pluie, entre 80.000 et 200000 personnes selon les estimations ont défilé dans les rues de la capitale mexicaine jeudi, bloquant le centre de la ville. Clamant que « la patrie n'est pas à vendre », les manifestants ont répondu à la convocation d'organisations syndicales et paysannes, de mouvements étudiants, d'ONG et de partis d'opposition pour protester contre le projet de réforme électrique du gouvernement. Celui-ci propose de modifier la Constitution pour permettre l'exploitation de ressources naturelles par des investisseurs privés, ce que les opposants considèrent une forme déguisée de privatisation (voir ci-dessous). « Il semblerait que c'était surtout une manifestation contre le gouvernement », estime Diego Reynoso, chercheur en sciences politiques à la Faculté latino-américaine de sciences sociales. Pour autant, le mandat du président n'est pas menacé. Contrairement à d'autres pays d'Amérique latine, où des manifestations populaires ont pu forcer le président à démissionner, comme en Bolivie, « les Mexicains ont beaucoup de respect pour leurs institutions ».
Le patronat au créneau
Simultanément, les organisations patronales sont montées au créneau pour condamner les manifestations et rappeler l'urgence des réformes pour faire redémarrer la croissance. La réaction des marchés financiers face à l'incertitude qui règne ne s'est pas fait attendre. Le taux de change du peso par rapport au dollar, qui n'a pratiquement pas cessé de baisser depuis début novembre, a atteint des niveaux record vendredi, tombant à 11,40 pesos, contre 11,34 la veille.
N'ayant pas obtenu de majorité au Parlement lors des élections législatives de juillet, l'équipe de Fox n'a pas su construire l'union nationale nécessaire pour débloquer la situation. De son côté, le principal parti d'opposition, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), est en train de vivre l'un des pires moments de son histoire, en proie à une crise qui menace de s'achever en scission. Voyant la possibilité de regagner la présidence aux prochaines élections de 2006, certains députés du PRI ont offert leur soutien à la réforme fiscale du président, qui pourrait relancer l'activité économique et donnerait une plus large marge de manoeuvre au prochain gouvernement. Mais le reste du parti ne tient pas à endosser le coût politique que représenterait le passage d'une réforme des impôts qui toucherait de plein fouet les couches les plus démunies de la population (dont la moitié vit dans la pauvreté). Ces derniers se sont insurgés contre Elba Esther Gordillo, le président de leur groupe à l'Assemblée et le plus fervent partisan de la collaboration avec le gouvernement, réclamant sa démission.
Or, sans le PRI, Fox a les mains liées puisque le deuxième parti d'opposition, le Parti de la révolution démocratique (PRD), qui contrôle 20 % des sièges à l'Assemblée, s'oppose férocement aux réformes.
LAURENCE PANTIN
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miércoles, 17 de septiembre de 2003
Cobertura de la conferencia de la OMC en Cancún
Chronique d'un échec programmé
Les Echos n° 18989 du 16 Septembre 2003 • page 6
La dramaturgie des cinq jours de ministérielle s'est jouée sur le registre de la fracture Nord-Sud.
Dimanche. Il est trois heures à Cancún. Quasiment toute la délégation française déjeune dans une ambiance bon enfant à l'hôtel Fiesta Americana, juste en face du centre de conférence où se tiennent, à huis clos pour l'essentiel, les débats de l'OMC. Des délégués hors d'haleine viennent prévenir les ministres français Hervé Gaymard et François Loos que Luis Ernesto Derbez, le président de la conférence, s'apprête à prononcer la fin des négociations. Stupeur. Chacun pensait pouvoir parvenir à un accord de dernière minute. Car l'Union européenne avait lâché, le matin, du lest sur deux sujets de Singapour (investissement, concurrence, facilitation des échanges et transparence des marchés publics), pour aider débloquer la situation.
Dès mardi, la veille de l'ouverture de la ministérielle, le ton avait été donné par un groupe de vingt pays en développement (G20) opposés à l'accord agricole euro-américain du 13 août. Mercredi, à l'ouverture de la ministérielle, le G20, devenu entre-temps 21 grâce au ralliement de l'Egypte, bat le rappel auprès de pays africains. Luis Ernesto Derbez, charge des « facilitateurs » de réconcilier les positions. Simultanément, quatre pays africains créent un coup de théâtre.
La valse des G Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad proposent une initiative sur le coton et demandent, surtout à Washington, l'élimination des subventions sur ce produit. Du presque jamais vu. Décidément la fronde des pays en développement gronde. Les Etats-Unis se sentent obligés de dire qu'ils vont y répondre. C'est fait dans la nuit : mais Washington souhaite élargir le débat à la concurrence des produits synthétiques, dommageable pour l'économie américaine. En aparté, Robert Zoellik, le représentant américain au Commerce, explique à ces pays africains que s'ils ont des problèmes de manque à gagner, ils n'ont qu'à s'adresser à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. « Si les Etats-Unis avaient voulu braquer les Africains, il ne s'y seraient pas pris autrement », déclarait-on alors dans les coulisses.
Jeudi, la valse des G ne faisait que commencer. Le G9, comprenant des pays importateurs nets de produits agricoles comme le Japon, la Suisse ou la Corée du Sud présentait un texte à son tour. Américains et Européens expliquent officiellement que les positions du G21 sont « confuses ». Il n'empêche : les négociations ne prennent pas : chacun reste enfermé dans sa logique de sourd. Le lendemain, les pays africains, les pays ACP et les moins avancés scellent à leur tour une alliance, aussitôt surnommée le « G90 ». Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui avait passé un temps précieux à persuader les pays les plus pauvres que le G21 n'avait pas les mêmes intérêts qu'eux, sont soulagés, ayant réussi à « contenir » le G21.
Tout le monde attend pour le lendemain le projet de déclaration. Les délégations, les représentants d'ONG se croisent dans les couloirs des hôtels ou au bar, devisant sur le contenu du texte à venir et pariant sur l'issue de ce sommet. Les milieux industriels fulminent, regrettant amèrement de se trouver « otage de l'agriculture ». Signe des temps : 40 représentants agricoles français ont fait le déplacement à Cancún, contre moins d'une dizaine pour les entreprises.
Samedi, le projet de déclaration est enfin publié au milieu de la journée. On a enfin l'impression que les choses vont réellement démarrer. Après réflexion, les pays africains et les ONG réagissent bien avant l'Union européenne ou les Etats-Unis. « Nous avons un dicton qui dit que la montagne a accouché d'une souris. Ici, ce n'est même pas une souris, c'est une fourmi », déclarait un représentant des producteurs africains de coton. L'UE dénonce la ligne rouge franchie par le texte agricole, l'Inde, dont le représentant est surnommé « Mister Niet » par Pascal Lamy, et la Malaisie hurlent contre les velléités de l'Union européenne de chercher à tout prix à leur imposer un accord sur l'investissement. Quelques réunions en « chambre verte » (réunions restreintes) n'ont pas été suffisantes pour rapprocher les uns et les autres. C'est, en tout cas, le point de vue de Luis Ernesto Derbez, qui a arrêté les compteurs bien avant l'heure.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18989-30-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Réactions : entre tentation et craintes du bilatéralisme
Les Echos n° 18989 du 16 Septembre 2003 • page 6
Les professionnels n'ont pas caché leur déception après l'échec de Cancún. La fin du multilatéralisme au profit du bilatéral est une crainte largement partagée.
Emmanuelle Butaud, directrice des affaires économiques et internationales de l'Union des industries textiles, et Philippe J. Lecas, délégué général de l'Union française des industries de l'habillement.
« Nos deux fédérations regrettent un échec qui pénalise avant tout les pays en développement et particulièrement les pays africains, compte tenu des incertitudes sur les modalités pratiques de la négociation, sur l'accès au marché pour les produits non agricoles. Et l'absence d'assurance d'une négociation tarifaire sectorielle pour le textile-habillement. Cet échec doit reposer, au niveau de l'Europe, la question d'une multiplication des accords bilatéraux et renforce l'urgence de la concrétisation de l'espace euro-méditerranéen à quinze mois de la disparition des quotas textile-habillement. »
Gary Campkin, directeur à l'international de la Confédération de l'industrie britannique.
« C'est évidemment un résultat très malheureux. Il y avait des progrès vers un accord et, de façon surprenante, cela a échoué. Des délégations sont venues ici avec l'intention de parvenir à un accord, d'autres n'en voulaient clairement pas. Pour les milieux d'affaires, c'est un occasion perdue, de même que pour l'économie mondiale et les pays en développement. Après une courte période de réflexion, nous espérons que les ministres voudront se retrouver pour faire progresser le programme de développement de Doha. Car il existe un risque réel que les initiatives régionales et bilatérales prennent le dessus. »
Pascal Kerneis, directeur du Forum européen des services.
« Nous sommes très déçus, parce que nous voulions avoir un lancement des négociations sur les services, avec une date butoir à la clef. C'est la seule façon d'avancer. Nous sommes surtout déçus pour les pays en développement, pour qui c'était une opportunité. Plus grave, nous avons le sentiment que tout le système est en danger et qu'il faudra du temps pour se remettre de cet échec, car les Américains ne devraient pas donner de souffle à ces négociations et les pays en développement ont besoin de se repositionner. »
Jean Rodesch, directeur des affaires européennes de Pernod Ricard.
« Nous avions des espoirs parce qu'au chapitre agricole, les vins et spiritueux ont des intérêts offensifs, notamment en termes d'accès au marché et de traitement des "indications géographiques" (appellations d'origine). Or, nous n'avons rien obtenu. L'élaboration d'un registre multilatéral des indications géographiques restant hypothétique, nous serons peut-être amenés à nous orienter davantage vers des accords bilatéraux avec les principaux partenaires où nous exportons. C'est ce que l'Union européenne s'apprête à faire avec le Canada. Ce qui est une façon de pousser le secteur viticole américain à entrer dans cette négociation sur la protection des appellations. »
Dominique Chardon, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles.
« Pour les agriculteurs et les organisations professionnelles agricoles françaises, cet échec valait certainement mieux qu'un mauvais accord. Restent des incertitudes qui tiennent à la clause de paix sur les restitutions à l'exportation. Mais je ne peux pas imaginer qu'on entre dans une guerre commerciale en ces périodes troublées. Par ailleurs, l'échec de Cancún n'est pas dû à l'agriculture, bien qu'on nous ait souvent traité d'archaïques ou d'empêcheurs de la modernité commerciale. Si tous les intérêts ne sont pas convergents, il y a une prise de conscience des forces paysannes dans le monde. Analysons et travaillons ensemble car nous pourrions profiter des difficultés actuelles pour aborder l'agriculture et l'alimentation dans le monde d'une autre façon. »
Céline Charvériat, spécialiste des questions multilatérales chez Oxfam.
« Les pays en développement sont venus à Cancún dans l'espoir d'un accord qui remplisse les promesses de Doha. Les pays riches ont refusé de les écouter, mais n'ont pas pu, cette fois, les diviser. Nous appelons malgré tout ces pays à revenir à la table des négociations à Genève sur de nouvelles bases, car l'avenir de millions de gens en dépend. Après l'affaiblissement de l'ONU dans le dossier irakien, les pays doivent absolument sauver le multilatéralisme, éviter de livrer le monde à des rapports de force bilatéraux brutaux. »
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18989-36-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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OMC : négociations à l'arraché à Cancún
Les membres de l'Organisation mondiale du commerce tentaient toujours hier de trouver un compromis acceptable pour permettre la poursuite des négociations commerciales multilatérales, lancées il y a deux ans à Doha. L'incertitude demeurait sur la possibilité de conclure le sommet hier soir comme prévu.
Les Echos n° 18988 du 15 Septembre 2003 • page 14
Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont appuyé sur l'accélérateur hier pour trouver un accord-cadre qui permette la poursuite des négociations commerciales multilatérales, lancées il y a deux ans à Doha. Après le jeu de rôle des tout premiers jours, les travaux ont vraiment débuté, vendredi, dans la station balnéaire mexicaine de Cancún, pour aboutir, samedi, à la publication d'un projet de déclaration ministérielle devant clôturer ce sommet.
« C'est une base de travail acceptable », a commenté le commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy. Un message relayé par son homologue américain, le représentant au commerce, Robert Zoellick.
D'autres affichaient alors un son de cloche différent. « C'est un texte limité qui n'appuie pas les demandes conjointes des membres du G21 [NDLR : 21 pays en développement, regroupés à l'ouverture de la réunion pour contrer les pays riches] », a précisé Miguel Rossetto, le ministre brésilien du Développement agraire.
L'Europe lâche du lest
Dans ce contexte, la journée d'hier a commencé par une « chambre verte », une réunion qui ne rassemble qu'un nombre très limité de participants pour essayer de faire avancer les sujets. Alors que plusieurs grands pays en développement affichaient leur opposition sur des thèmes à l'étude depuis la réunion de Singapour en 1996, la concurrence, l'investissement, les marchés publics et la facilitation des échanges, l'Union européenne a lâché du lest. Pascal Lamy a accepté que ces sujets ne soient pas liés au reste des négociations, que l'Union européenne veut voir aboutir fin 2004.
« Même si officiellement les travaux continueront sur ces thèmes de Singapour, l'Union européenne a reculé. Elle perd là le volet régulation de la mondialisation qu'elle voulait, car il ne faut pas s'y tromper. Une négociation sur ces sujets est très hypothétique », lâche un expert. Mais on n'a rien sans rien. L'Union européenne espérait bien en début de journée pouvoir obtenir, en contrepartie, plus de compréhension de ces partenaires sur le volet agricole.
Possible nuit de prolongation
Les pays en développement estiment que les efforts demandés aux Etats-Unis et à l'Union européenne en matière de libéralisation des marchés agricoles sont insuffisants. Ils ont toutefois obtenu que le projet de déclaration mentionne une date butoir pour l'élimination des soutiens à l'exportation.
Alors que les occasions de rire dans ces réunions sont rares, Pascal Lamy a osé un brin d'humour sur le sujet. « J'ai lu le texte en français et c'est la même chose qu'en anglais », a-t-il ironisé samedi, en référence aux ambiguïtés soulevées lors des traductions des textes officiels. Pour la France, prévoir une élimination des subventions à l'exportation est inacceptable.
« Le texte sur l'agriculture franchit dans plusieurs domaines les lignes rouges du mandat européen », a insisté samedi soir Hervé Gaymard, devant les fédérations agricoles françaises qu'il rencontre chaque jour. Le ministre de l'Agriculture a notamment regretté le fait que le texte ne prenne pas en compte les effets de l'élargissement de l'Union sur les soutiens domestiques et traite mieux les Etats-Unis que l'Union européenne.
En fin de matinée hier, les délégués présents à Cancún poursuivaient leurs discussions, en vue de produire un projet final de déclaration. « Nous devrions pouvoir trouver un accord », a précisé hier Arancha González, la porte-parole de Pascal Lamy. Mais l'incertitude demeurait sur la possibilité de conclure ce sommet commercial hier soir comme prévu. Une nuit de prolongation n'était pas exclue.
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18988-48-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Cancún : un début à pas de tortue pour une libéralisation à pas de géant
La réunion de l'Organisation mondiale du commerce de Cancún, qui s'est ouverte mercredi, n'est pas encore entrée dans le vif des négociations. L'Union européenne et les Etats-Unis sont gênés par la position de 21 pays en développement sur l'agriculture.
Les Echos n° 18987 du 12 Septembre 2003 • page 10
La réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, qui s'est ouverte mercredi dans la station balnéaire mexicaine de Cancún, n'a pas encore trouvé son rythme. « C'est une négociation qui démarre lentement », a-t-on reconnu, hier, dans les milieux officiels français. La multiplication de déclarations tactiques, la mise en place de cinq comités de négociations _ agriculture, développement, tarifs industriels, sujets de « Singapour » (1) et sujets divers _, et les rencontres bilatérales ont dominé les premières heures de cette « revue de mi-parcours » de l'agenda de Doha, lancé en 2001 au Qatar, en vue d'une nouvelle libéralisation des échanges mondiaux.
Les 146 ministres et représentants des pays membres de l'OMC n'avaient hier matin aucun texte de travail à leur disposition. « Le groupe de 21 pays en développement a rejeté le projet de déclaration finale sur l'agriculture. Nous sommes dans un no man's land », a commenté le ministre français délégué au Commerce extérieur, François Loos. « Nos propositions existent. C'est le texte que nous avons dévoilé le 20 août à Genève. Elles ne peuvent être ignorées. Cette nouvelle dynamique peut conduire à de vraies négociations », rétorque le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim. L'Union européenne et les Etats-Unis sont bien embarrassés par la fermeté des 21 pays. Ils doivent accepter la rédaction d'un nouveau projet, réconciliant les intérêts. Chacun s'attend à ce que ce texte sorte au mieux demain soir. Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a précisé qu'il voulait le texte suffisamment tôt, pour avoir le temps de l'étudier et ne pas être mis devant le « fait accompli ».
Intérêts offensifs
Le « groupe des 21 » maintient sa revendication d'une élimination des subventions à l'exportation. « La question est quand et comment. Mais le mot élimination figure dans la déclaration de Doha. Il n'y a pas lieu de jouer avec les mots », a indiqué Celso Amorim. Cet objectif ne fait pas partie du mandat de négociation du commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy. Faut-il le changer ? « Cela n'est pas à l'ordre du jour », insiste le ministre français de l'Agriculture, Hervé Gaymard. « La fin des subventions n'est pas le médicament pour un certain nombre de pays en développement. Il faut être prudent avec ce genre de rhétorique sexy », commente aussi Gregor Kreuzhuber, le porte-parole du commissaire européen à l'Agriculture, alors que l'Union tente de persuader des petits pays en développement qu'ils n'ont aucun intérêt à soutenir les intérêts offensifs à l'exportation de grands pays comme le Brésil. Les Etats-Unis se sont faits encore plus clairs, voire menaçants. « Réfléchissez bien à quel camp vous voulez appartenir », aurait lancé le représentant américain au Commerce, Robert Zoellick.
Les premières heures des négociations à Cancún ont également été marquées par les craintes d'un certain nombre de pays sur la transparence des processus de décision. « Les choses semblent moins bien parties qu'au début de la réunion de Doha. Alors qu'est-ce que cela sera dans la dernière ligne droite ? » s'interroge un délégué africain. « J'espère que nous serons non seulement entendus mais écoutés. [Sinon] cela peut faire des dégâts », prévient Jean-Robert Goulongana, le secrétaire général du groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il ajoute : « Nous connaissons la maxime : diviser pour mieux régner. C'est à nous d'être vigilants et de défendre nos intérêts communs » face aux pays riches.
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
(1) Concurrence, investissement, transparence des marchés publics et facilitation des échanges.
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18987-33-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Le Mexique, champion et victime de la libéralisation
Les Echos n° 18986 du 11 Septembre 2003 • page 10
Hôte de la 5e Conférence ministérielle de l'OMC à Cancún, le Mexique est lui-même un champion de la libéralisation des échanges.
Membre de l'Organisation mondiale du commerce depuis sa création, en 1995, le Mexique a mis en place dès 1994 l'Accord de libre-échange nord-américain avec les Etats-Unis et le Canada, qui l'a amené à concentrer plus de 90 % de ses échanges avec son voisin direct au cours des dernières années. La récente récession américaine, qui l'a touché de plein fouet, a d'ailleurs bien montré sa trop grande dépendance vis-à-vis de son imposant voisin. D'où le souci de Mexico de diversifier ses partenaires, en cherchant à signer une série d'accords avec d'autres pays. Le Mexique est ainsi désormais lié par des accords de libéralisation des échanges avec 32 partenaires, dont l'Union européenne depuis 2000. Mais la domination américaine reste jusqu'à présent indiscutée.
Il faut reconnaître que l'Alena a permis de tripler les échanges commerciaux du pays en neuf ans, et d'augmenter de façon considérable les investissements étrangers, qui ont atteint 153 milliards de dollars dans le même temps. « Parmi les pays en développement, nous sommes après la Chine, et en concurrence avec le Brésil, le deuxième pays le plus attractifs pour les investissements étrangers », déclare Fernando Canales Clariond, le ministre mexicain de l'Economie. Et il ajoute : « C'est grâce à la mondialisation que nous avons obtenu ces ressources additionnelles. »
Concurrence asiatique
Sur le plan industriel, l'Alena a surtout provoqué un boom des « maquiladoras », ces zones franches où les importations de matières premières sont exemptes de droits de douane, afin de permettre leur assemblage et leur réexportation. De nombreuses entreprises américaines, mais également asiatiques ou européennes, se sont ainsi installées de l'autre côté du Rio Grande pour profiter des bas coûts de la main-d'oeuvre locale.
Mais si, grâce aux « maquiladoras », le niveau des exportations a vivement progressé depuis l'entrée en vigueur de l'Alena, il en a été de même pour les importations. Pour Clemente Ruiz Durán, économiste à l'Université nationale autonome du Mexique (Unam), le modèle de la croissance par les exportations a été décevant. « Pendant dix ans d'Alena, l'économie a progressé de moins de 1 point par an », renchérit Alberto Arroyo, analyste du Réseau mexicain d'action face au libre-échange. En outre, avec l'adhésion de la Chine à l'OMC, le Mexique voit ses « maquiladoras » textiles désertées au profit du géant asiatique. Les seules à résister encore à l'appel du grand large restent les industries automobiles et électroniques.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18986-34-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
Les Echos n° 18989 du 16 Septembre 2003 • page 6
La dramaturgie des cinq jours de ministérielle s'est jouée sur le registre de la fracture Nord-Sud.
Dimanche. Il est trois heures à Cancún. Quasiment toute la délégation française déjeune dans une ambiance bon enfant à l'hôtel Fiesta Americana, juste en face du centre de conférence où se tiennent, à huis clos pour l'essentiel, les débats de l'OMC. Des délégués hors d'haleine viennent prévenir les ministres français Hervé Gaymard et François Loos que Luis Ernesto Derbez, le président de la conférence, s'apprête à prononcer la fin des négociations. Stupeur. Chacun pensait pouvoir parvenir à un accord de dernière minute. Car l'Union européenne avait lâché, le matin, du lest sur deux sujets de Singapour (investissement, concurrence, facilitation des échanges et transparence des marchés publics), pour aider débloquer la situation.
Dès mardi, la veille de l'ouverture de la ministérielle, le ton avait été donné par un groupe de vingt pays en développement (G20) opposés à l'accord agricole euro-américain du 13 août. Mercredi, à l'ouverture de la ministérielle, le G20, devenu entre-temps 21 grâce au ralliement de l'Egypte, bat le rappel auprès de pays africains. Luis Ernesto Derbez, charge des « facilitateurs » de réconcilier les positions. Simultanément, quatre pays africains créent un coup de théâtre.
La valse des G Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad proposent une initiative sur le coton et demandent, surtout à Washington, l'élimination des subventions sur ce produit. Du presque jamais vu. Décidément la fronde des pays en développement gronde. Les Etats-Unis se sentent obligés de dire qu'ils vont y répondre. C'est fait dans la nuit : mais Washington souhaite élargir le débat à la concurrence des produits synthétiques, dommageable pour l'économie américaine. En aparté, Robert Zoellik, le représentant américain au Commerce, explique à ces pays africains que s'ils ont des problèmes de manque à gagner, ils n'ont qu'à s'adresser à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. « Si les Etats-Unis avaient voulu braquer les Africains, il ne s'y seraient pas pris autrement », déclarait-on alors dans les coulisses.
Jeudi, la valse des G ne faisait que commencer. Le G9, comprenant des pays importateurs nets de produits agricoles comme le Japon, la Suisse ou la Corée du Sud présentait un texte à son tour. Américains et Européens expliquent officiellement que les positions du G21 sont « confuses ». Il n'empêche : les négociations ne prennent pas : chacun reste enfermé dans sa logique de sourd. Le lendemain, les pays africains, les pays ACP et les moins avancés scellent à leur tour une alliance, aussitôt surnommée le « G90 ». Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui avait passé un temps précieux à persuader les pays les plus pauvres que le G21 n'avait pas les mêmes intérêts qu'eux, sont soulagés, ayant réussi à « contenir » le G21.
Tout le monde attend pour le lendemain le projet de déclaration. Les délégations, les représentants d'ONG se croisent dans les couloirs des hôtels ou au bar, devisant sur le contenu du texte à venir et pariant sur l'issue de ce sommet. Les milieux industriels fulminent, regrettant amèrement de se trouver « otage de l'agriculture ». Signe des temps : 40 représentants agricoles français ont fait le déplacement à Cancún, contre moins d'une dizaine pour les entreprises.
Samedi, le projet de déclaration est enfin publié au milieu de la journée. On a enfin l'impression que les choses vont réellement démarrer. Après réflexion, les pays africains et les ONG réagissent bien avant l'Union européenne ou les Etats-Unis. « Nous avons un dicton qui dit que la montagne a accouché d'une souris. Ici, ce n'est même pas une souris, c'est une fourmi », déclarait un représentant des producteurs africains de coton. L'UE dénonce la ligne rouge franchie par le texte agricole, l'Inde, dont le représentant est surnommé « Mister Niet » par Pascal Lamy, et la Malaisie hurlent contre les velléités de l'Union européenne de chercher à tout prix à leur imposer un accord sur l'investissement. Quelques réunions en « chambre verte » (réunions restreintes) n'ont pas été suffisantes pour rapprocher les uns et les autres. C'est, en tout cas, le point de vue de Luis Ernesto Derbez, qui a arrêté les compteurs bien avant l'heure.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18989-30-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Réactions : entre tentation et craintes du bilatéralisme
Les Echos n° 18989 du 16 Septembre 2003 • page 6
Les professionnels n'ont pas caché leur déception après l'échec de Cancún. La fin du multilatéralisme au profit du bilatéral est une crainte largement partagée.
Emmanuelle Butaud, directrice des affaires économiques et internationales de l'Union des industries textiles, et Philippe J. Lecas, délégué général de l'Union française des industries de l'habillement.
« Nos deux fédérations regrettent un échec qui pénalise avant tout les pays en développement et particulièrement les pays africains, compte tenu des incertitudes sur les modalités pratiques de la négociation, sur l'accès au marché pour les produits non agricoles. Et l'absence d'assurance d'une négociation tarifaire sectorielle pour le textile-habillement. Cet échec doit reposer, au niveau de l'Europe, la question d'une multiplication des accords bilatéraux et renforce l'urgence de la concrétisation de l'espace euro-méditerranéen à quinze mois de la disparition des quotas textile-habillement. »
Gary Campkin, directeur à l'international de la Confédération de l'industrie britannique.
« C'est évidemment un résultat très malheureux. Il y avait des progrès vers un accord et, de façon surprenante, cela a échoué. Des délégations sont venues ici avec l'intention de parvenir à un accord, d'autres n'en voulaient clairement pas. Pour les milieux d'affaires, c'est un occasion perdue, de même que pour l'économie mondiale et les pays en développement. Après une courte période de réflexion, nous espérons que les ministres voudront se retrouver pour faire progresser le programme de développement de Doha. Car il existe un risque réel que les initiatives régionales et bilatérales prennent le dessus. »
Pascal Kerneis, directeur du Forum européen des services.
« Nous sommes très déçus, parce que nous voulions avoir un lancement des négociations sur les services, avec une date butoir à la clef. C'est la seule façon d'avancer. Nous sommes surtout déçus pour les pays en développement, pour qui c'était une opportunité. Plus grave, nous avons le sentiment que tout le système est en danger et qu'il faudra du temps pour se remettre de cet échec, car les Américains ne devraient pas donner de souffle à ces négociations et les pays en développement ont besoin de se repositionner. »
Jean Rodesch, directeur des affaires européennes de Pernod Ricard.
« Nous avions des espoirs parce qu'au chapitre agricole, les vins et spiritueux ont des intérêts offensifs, notamment en termes d'accès au marché et de traitement des "indications géographiques" (appellations d'origine). Or, nous n'avons rien obtenu. L'élaboration d'un registre multilatéral des indications géographiques restant hypothétique, nous serons peut-être amenés à nous orienter davantage vers des accords bilatéraux avec les principaux partenaires où nous exportons. C'est ce que l'Union européenne s'apprête à faire avec le Canada. Ce qui est une façon de pousser le secteur viticole américain à entrer dans cette négociation sur la protection des appellations. »
Dominique Chardon, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles.
« Pour les agriculteurs et les organisations professionnelles agricoles françaises, cet échec valait certainement mieux qu'un mauvais accord. Restent des incertitudes qui tiennent à la clause de paix sur les restitutions à l'exportation. Mais je ne peux pas imaginer qu'on entre dans une guerre commerciale en ces périodes troublées. Par ailleurs, l'échec de Cancún n'est pas dû à l'agriculture, bien qu'on nous ait souvent traité d'archaïques ou d'empêcheurs de la modernité commerciale. Si tous les intérêts ne sont pas convergents, il y a une prise de conscience des forces paysannes dans le monde. Analysons et travaillons ensemble car nous pourrions profiter des difficultés actuelles pour aborder l'agriculture et l'alimentation dans le monde d'une autre façon. »
Céline Charvériat, spécialiste des questions multilatérales chez Oxfam.
« Les pays en développement sont venus à Cancún dans l'espoir d'un accord qui remplisse les promesses de Doha. Les pays riches ont refusé de les écouter, mais n'ont pas pu, cette fois, les diviser. Nous appelons malgré tout ces pays à revenir à la table des négociations à Genève sur de nouvelles bases, car l'avenir de millions de gens en dépend. Après l'affaiblissement de l'ONU dans le dossier irakien, les pays doivent absolument sauver le multilatéralisme, éviter de livrer le monde à des rapports de force bilatéraux brutaux. »
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18989-36-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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OMC : négociations à l'arraché à Cancún
Les membres de l'Organisation mondiale du commerce tentaient toujours hier de trouver un compromis acceptable pour permettre la poursuite des négociations commerciales multilatérales, lancées il y a deux ans à Doha. L'incertitude demeurait sur la possibilité de conclure le sommet hier soir comme prévu.
Les Echos n° 18988 du 15 Septembre 2003 • page 14
Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont appuyé sur l'accélérateur hier pour trouver un accord-cadre qui permette la poursuite des négociations commerciales multilatérales, lancées il y a deux ans à Doha. Après le jeu de rôle des tout premiers jours, les travaux ont vraiment débuté, vendredi, dans la station balnéaire mexicaine de Cancún, pour aboutir, samedi, à la publication d'un projet de déclaration ministérielle devant clôturer ce sommet.
« C'est une base de travail acceptable », a commenté le commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy. Un message relayé par son homologue américain, le représentant au commerce, Robert Zoellick.
D'autres affichaient alors un son de cloche différent. « C'est un texte limité qui n'appuie pas les demandes conjointes des membres du G21 [NDLR : 21 pays en développement, regroupés à l'ouverture de la réunion pour contrer les pays riches] », a précisé Miguel Rossetto, le ministre brésilien du Développement agraire.
L'Europe lâche du lest
Dans ce contexte, la journée d'hier a commencé par une « chambre verte », une réunion qui ne rassemble qu'un nombre très limité de participants pour essayer de faire avancer les sujets. Alors que plusieurs grands pays en développement affichaient leur opposition sur des thèmes à l'étude depuis la réunion de Singapour en 1996, la concurrence, l'investissement, les marchés publics et la facilitation des échanges, l'Union européenne a lâché du lest. Pascal Lamy a accepté que ces sujets ne soient pas liés au reste des négociations, que l'Union européenne veut voir aboutir fin 2004.
« Même si officiellement les travaux continueront sur ces thèmes de Singapour, l'Union européenne a reculé. Elle perd là le volet régulation de la mondialisation qu'elle voulait, car il ne faut pas s'y tromper. Une négociation sur ces sujets est très hypothétique », lâche un expert. Mais on n'a rien sans rien. L'Union européenne espérait bien en début de journée pouvoir obtenir, en contrepartie, plus de compréhension de ces partenaires sur le volet agricole.
Possible nuit de prolongation
Les pays en développement estiment que les efforts demandés aux Etats-Unis et à l'Union européenne en matière de libéralisation des marchés agricoles sont insuffisants. Ils ont toutefois obtenu que le projet de déclaration mentionne une date butoir pour l'élimination des soutiens à l'exportation.
Alors que les occasions de rire dans ces réunions sont rares, Pascal Lamy a osé un brin d'humour sur le sujet. « J'ai lu le texte en français et c'est la même chose qu'en anglais », a-t-il ironisé samedi, en référence aux ambiguïtés soulevées lors des traductions des textes officiels. Pour la France, prévoir une élimination des subventions à l'exportation est inacceptable.
« Le texte sur l'agriculture franchit dans plusieurs domaines les lignes rouges du mandat européen », a insisté samedi soir Hervé Gaymard, devant les fédérations agricoles françaises qu'il rencontre chaque jour. Le ministre de l'Agriculture a notamment regretté le fait que le texte ne prenne pas en compte les effets de l'élargissement de l'Union sur les soutiens domestiques et traite mieux les Etats-Unis que l'Union européenne.
En fin de matinée hier, les délégués présents à Cancún poursuivaient leurs discussions, en vue de produire un projet final de déclaration. « Nous devrions pouvoir trouver un accord », a précisé hier Arancha González, la porte-parole de Pascal Lamy. Mais l'incertitude demeurait sur la possibilité de conclure ce sommet commercial hier soir comme prévu. Une nuit de prolongation n'était pas exclue.
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18988-48-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Cancún : un début à pas de tortue pour une libéralisation à pas de géant
La réunion de l'Organisation mondiale du commerce de Cancún, qui s'est ouverte mercredi, n'est pas encore entrée dans le vif des négociations. L'Union européenne et les Etats-Unis sont gênés par la position de 21 pays en développement sur l'agriculture.
Les Echos n° 18987 du 12 Septembre 2003 • page 10
La réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, qui s'est ouverte mercredi dans la station balnéaire mexicaine de Cancún, n'a pas encore trouvé son rythme. « C'est une négociation qui démarre lentement », a-t-on reconnu, hier, dans les milieux officiels français. La multiplication de déclarations tactiques, la mise en place de cinq comités de négociations _ agriculture, développement, tarifs industriels, sujets de « Singapour » (1) et sujets divers _, et les rencontres bilatérales ont dominé les premières heures de cette « revue de mi-parcours » de l'agenda de Doha, lancé en 2001 au Qatar, en vue d'une nouvelle libéralisation des échanges mondiaux.
Les 146 ministres et représentants des pays membres de l'OMC n'avaient hier matin aucun texte de travail à leur disposition. « Le groupe de 21 pays en développement a rejeté le projet de déclaration finale sur l'agriculture. Nous sommes dans un no man's land », a commenté le ministre français délégué au Commerce extérieur, François Loos. « Nos propositions existent. C'est le texte que nous avons dévoilé le 20 août à Genève. Elles ne peuvent être ignorées. Cette nouvelle dynamique peut conduire à de vraies négociations », rétorque le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim. L'Union européenne et les Etats-Unis sont bien embarrassés par la fermeté des 21 pays. Ils doivent accepter la rédaction d'un nouveau projet, réconciliant les intérêts. Chacun s'attend à ce que ce texte sorte au mieux demain soir. Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a précisé qu'il voulait le texte suffisamment tôt, pour avoir le temps de l'étudier et ne pas être mis devant le « fait accompli ».
Intérêts offensifs
Le « groupe des 21 » maintient sa revendication d'une élimination des subventions à l'exportation. « La question est quand et comment. Mais le mot élimination figure dans la déclaration de Doha. Il n'y a pas lieu de jouer avec les mots », a indiqué Celso Amorim. Cet objectif ne fait pas partie du mandat de négociation du commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy. Faut-il le changer ? « Cela n'est pas à l'ordre du jour », insiste le ministre français de l'Agriculture, Hervé Gaymard. « La fin des subventions n'est pas le médicament pour un certain nombre de pays en développement. Il faut être prudent avec ce genre de rhétorique sexy », commente aussi Gregor Kreuzhuber, le porte-parole du commissaire européen à l'Agriculture, alors que l'Union tente de persuader des petits pays en développement qu'ils n'ont aucun intérêt à soutenir les intérêts offensifs à l'exportation de grands pays comme le Brésil. Les Etats-Unis se sont faits encore plus clairs, voire menaçants. « Réfléchissez bien à quel camp vous voulez appartenir », aurait lancé le représentant américain au Commerce, Robert Zoellick.
Les premières heures des négociations à Cancún ont également été marquées par les craintes d'un certain nombre de pays sur la transparence des processus de décision. « Les choses semblent moins bien parties qu'au début de la réunion de Doha. Alors qu'est-ce que cela sera dans la dernière ligne droite ? » s'interroge un délégué africain. « J'espère que nous serons non seulement entendus mais écoutés. [Sinon] cela peut faire des dégâts », prévient Jean-Robert Goulongana, le secrétaire général du groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il ajoute : « Nous connaissons la maxime : diviser pour mieux régner. C'est à nous d'être vigilants et de défendre nos intérêts communs » face aux pays riches.
LAURENCE TOVI ET LAURENCE PANTIN
(1) Concurrence, investissement, transparence des marchés publics et facilitation des échanges.
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18987-33-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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Le Mexique, champion et victime de la libéralisation
Les Echos n° 18986 du 11 Septembre 2003 • page 10
Hôte de la 5e Conférence ministérielle de l'OMC à Cancún, le Mexique est lui-même un champion de la libéralisation des échanges.
Membre de l'Organisation mondiale du commerce depuis sa création, en 1995, le Mexique a mis en place dès 1994 l'Accord de libre-échange nord-américain avec les Etats-Unis et le Canada, qui l'a amené à concentrer plus de 90 % de ses échanges avec son voisin direct au cours des dernières années. La récente récession américaine, qui l'a touché de plein fouet, a d'ailleurs bien montré sa trop grande dépendance vis-à-vis de son imposant voisin. D'où le souci de Mexico de diversifier ses partenaires, en cherchant à signer une série d'accords avec d'autres pays. Le Mexique est ainsi désormais lié par des accords de libéralisation des échanges avec 32 partenaires, dont l'Union européenne depuis 2000. Mais la domination américaine reste jusqu'à présent indiscutée.
Il faut reconnaître que l'Alena a permis de tripler les échanges commerciaux du pays en neuf ans, et d'augmenter de façon considérable les investissements étrangers, qui ont atteint 153 milliards de dollars dans le même temps. « Parmi les pays en développement, nous sommes après la Chine, et en concurrence avec le Brésil, le deuxième pays le plus attractifs pour les investissements étrangers », déclare Fernando Canales Clariond, le ministre mexicain de l'Economie. Et il ajoute : « C'est grâce à la mondialisation que nous avons obtenu ces ressources additionnelles. »
Concurrence asiatique
Sur le plan industriel, l'Alena a surtout provoqué un boom des « maquiladoras », ces zones franches où les importations de matières premières sont exemptes de droits de douane, afin de permettre leur assemblage et leur réexportation. De nombreuses entreprises américaines, mais également asiatiques ou européennes, se sont ainsi installées de l'autre côté du Rio Grande pour profiter des bas coûts de la main-d'oeuvre locale.
Mais si, grâce aux « maquiladoras », le niveau des exportations a vivement progressé depuis l'entrée en vigueur de l'Alena, il en a été de même pour les importations. Pour Clemente Ruiz Durán, économiste à l'Université nationale autonome du Mexique (Unam), le modèle de la croissance par les exportations a été décevant. « Pendant dix ans d'Alena, l'économie a progressé de moins de 1 point par an », renchérit Alberto Arroyo, analyste du Réseau mexicain d'action face au libre-échange. En outre, avec l'adhésion de la Chine à l'OMC, le Mexique voit ses « maquiladoras » textiles désertées au profit du géant asiatique. Les seules à résister encore à l'appel du grand large restent les industries automobiles et électroniques.
LAURENCE PANTIN
http://archives.lesechos.fr/archives/2003/LesEchos/18986-34-ECH.htm?texte=Laurence Pantin
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